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Extraits de la préface de Talkin' That Talk, le langage du blues et du jazz |
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(...) La double appartenance du barde négro-américain - à la minorité noire et à un groupe social fermé et aussi particulier que celui des musiciens - marque profondément son langage. Les comportements d'isolement et d'auto-ségrégation qu'on rencontre chez ces derniers "ont pour fonction esentielle de mettre le musicien à l'abri de (...) la société ordinaire (...)" (H.S.Becker, Outsiders). Rejetés comme Noirs, en marge comme musiciens, bluesmen et jazzmen, doublement exclus, parlent leur singularité. C'est cette singularité que traque Talkin' That Talk. (...) Argot et jargon ont comme point commun de n'affecter qu'un seul plan de la langue, le plan lexical (...). Ils se moulent dans le cadre de la syntaxe et de la phonologie de la langue - ici, l'anglais non standard des Noirs américains - créant un ensemble de mots qui viennent se superposer au vocabulaire traditionnel. Cette nouvelle strate lexicale n'embrasse pas l'ensemble des champs sémantiques, mais affecte de façon privilégiée certains pans bien délimités - les femmes, le jeu, la délinquance, la boisson... pour ce qui est de l'argot; le jargon, lié à un métier et à des pratiques, est constitué essentiellement de termes techniques (...). Argot et jargon supposent une connivence entre les locuteurs et participent au renforcement de la cohésion du groupe. (...) Pour le reste, argot et jargon se distinguent par bien des points et d'abord par leur rapport antagoniste au signifié: le terme argotique est, de par sa nature même, imprécis, flou et polysémique; il joue sur l'évocation, l'analogie ou la suggestion. (...) Le jargon vise au contraire à compenser l'imprécision, l'inadéquation, voire l'absence, du vocabulaire ordinaire pour exprimer toutes les nuances que requièrent les différentes techniques ou pratiques. (...) L'accès du blues à la popularité auprès du public blanc et à une audience internationale dans les années 1960 - c'est la période dite du blues revival - apparaît comme fondé sur un véritable malentendu; malentendu, parce que n'en ont été retenus que ses aspects les plus immédiatement assimilables, musique et pulsion rythmique; malentendu, parce que sa parole, qui le fonde et lui donne sens, est restée presque totalement indéchiffrable en dehors de la communauté qui l'a engendrée. (...) On a voulu voir dans le blues une musique de la résignation et du fatalisme. Ce malentendu fondamental est l'un des derniers avatars rencontrés par la culture noire américaine dans l'histoire de ses rapports avec la culture dominante. (...) Toute fonction subversive a ainsi été déniée au blues; il est vrai qu'elle ne s'exerce que très marginalement de façon explicite (...). Le "peuple du Blues" est historiquement marqué par son rapport (...) au Blanc et/ou au maître (...). Son langage, qui joue aussi bien de la dissimulation et du double sens que de la manipulation, conserve la trace de ce rapport (...). Manipuler, c'est feindre de se mouler dans la stéréotype du nègre joyeux et bon enfant véhiculé par l'idéologie dominante (...). (...) Puisse ce glossaire contribuer à un autre déchiffrage, à une autre lecture, plurielle, de ce que dit le peuple du blues. Jean-Paul Levet, 1992 |
CE QU'EN DIT LA PRESSEUn fabuleux travail de bénédictin unique au monde (Bernard Loupias, Le Nouvel Observateur) La parution de Talkin' That Talk comble une lacune importante (Alain Thomas, Jazz Hot) An invaluable reference tool (Alan Balfour, Blues & Rythm, Grande Bretagne) Un fabuleux dictionnaire anthologique d'une conception entièrement originale (Le Soir, Belgique) Livre hors collection, hors norme, hors pair (Jean-Noël von der Weid, Dissonanz, Suisse) Dans l'actuelle pléthore des parutions livresques sur le jazz, souhaitons donc succès particulier et nombreuses rééditions à cet ouvrage qui méritera d'être appelé le Levet, comme on dit le Larousse ou le Petit Robert (Jean-Pierre Moussaron, Jazz Magazine) A ranger entre le Harrap's et le Dictionnaire du Jazz (Frank Bergerot, le Monde de la Musique) Un ouvrage très très précieux (Bernard Pivot, Bouillon de Culture, France 2) Ce que l'on voit très bien dans ce livre, c'est comment ce langage (...) a une fonction d'expression clandestine (Alain Gerber, France Culture) |
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